Korean_Puzzle

Research project on women over 45 who are passionate about South Korea

Projet de recherche sur les femmes de plus de 45 ans passionnées de Corée du Sud

Le puzzle coréen explore le paradoxe entre les femmes occidentales de plus de 45 ans fascinées par la Corée et les jeunes Coréennes qui rêvent de partir.

This blog is dedicated to the women participating in this research project on the appeal of South Korea among women—mostly French-speaking—over the age of 45. Often overlooked, their enthusiasm is poorly documented in the numerous studies that examine the Hallyu (Korean wave) phenomenon.

It also aims to contrast this enthusiasm with the desire of a younger generation of Korean women to live abroad. 

How can the same country generate such contrasting feelings of attraction and rejection?

These are the questions that underpin this collaborative project.

Week 39 – Questions et blocages

Cela va faire bientôt 4 semaines que je suis en Corée. J’écris depuis mon QG matinal, Momo’s coffee Marina, pas loin de l’appartement. Quand on a la chance d’être assis face au jardin, on voit la mer et les petites îles d’Oryukdo. Il fait encore 27° et c’est la première fois que je réalise l’utilité d’un parapluie même par grand beau temps.

Le regard « exotique »

Cette semaine a été marquée par une remarque qui m’a fait réfléchir. J’ai montré mes essais d’impression photo à l’artiste coréen qui a son atelier à la résidence. Des images sans rapport direct avec le projet, juste glanées au cours de mes déambulations. Il les a trouvées « exotiques ». Je ne sais pas trop quoi en penser.

Cette réflexion m’a rappelé celle de mon amie D. quand je lui ai montré mon dossier de candidature : « This is a picture an old white male would take,» m’a-t-elle dit. Cela m’a bien fait rire – la photo n’était pas une des miennes mais une trouvée sur internet, elle a trouvé les miennes « touristiques ». Est-ce que je peux faire des photos autres que “touristiques”.

Je ne résiste pas à quelques images du temple de Tongdosa, visité cette semaine avec Anna. Très beau temple dans la forêt.

Je n’ai pas pu résister non plus à filmer le ballet des jeunes mariés, photographes et assistants ce vendredi sur la plage de Dadaepo ; magnifique plage à l’ouest de Busan, où Anna nous avait emmenées pour le vernissage du Sea Art Festival.

C’est une très belle plage de sable blanc avec un chemin côtier dentelé qui longe le parc de Hwasondae. Nous sommes arrivées vers 17h30, au soleil couchant. C’était une belle journée qui contrastait avec les précédentes chargées d’humidité. L’air était clair, et la brise rafraîchissante.

La plage était parsemée de couples en tenue de soirée. Je n’avais jamais vu cela.

Anna nous a expliqué qu’il est de coutume de prendre des photos en robe de mariée mais aussi en tenue de soirée pour un mariage. Rien de tel qu’un coucher de soleil sur une plage magnifique.

Les photographes étaient pour la plupart équipés de grandes bottes en caoutchouc mais ils étaient sans merci pour les jeunes mariés qu’ils poussaient plus loin dans les vagues pour capturer le cliché parfait.

Pourquoi photographier ?

Parfois je me retiens de prendre des photos. Je vois quelqu’un passer à vélo ou avec un parapluie coloré, je pose la main sur mon appareil, puis je me ravise : je ne prendrais jamais cette photo à Paris. D’ailleurs, je n’aime pas les touristes qui me prennent en photo quand je suis à vélo dans la capitale. Je suppose que pour eux aussi, c’est « exotique ».

L’autre jour, près de la plage, j’ai failli photographier deux jeunes hommes en ponchos de plage, puis je me suis arrêtée : pour quoi faire, pour dire quoi ?

Je repense à la conférence de Wolfgang Tillmans aux Beaux-Arts de Paris. A un moment il dit: “Your work is only as interesting as the thoughts you put in it.” A méditer.

Pourquoi ? devrait être le sous-titre de mon projet.

La question revient sans cesse, que ce soit avec les femmes avec qui j’échange pour le projet ou avec les artistes coréens que je rencontre. Cela devient compulsif.

Un blocage créatif

Depuis quinze jours environ, je suis comme bloquée. J’ai beaucoup de mal à me concentrer et à me focaliser sur un des aspects du projet. Hier, Anna a décommandé notre atelier de sérigraphie – je voulais faire des essais d’impression avec les photos Lomokino – et je me suis demandé quoi faire.

Cette dispersion me préoccupe… un peu. Le temps passe vite, je vais bientôt entamer mon deuxième mois en Corée. L’artiste croate qui était avec moi en septembre est partie, la nouvelle, irlandaise, va bientôt arriver.

Une percée inattendue

Finalement, cette journée flottante m’a menée vers une rencontre décisive. Alors que je me dirigeais vers l’exposition photo du Busan International Photography Festival au F1963, j’ai reçu un message de Danielle, arrivée du Japon. Danielle, 86 ans, la doyenne de mes interviewées, en est à son deuxième séjour en Corée. Coïncidence : nous étions là en même temps il y a deux ans ! Je l’ai retrouvée dans son studio cosy mais excentré de Yeongdo-gu. Une pêche incroyable, cette femme.

J’ai fait mes premiers « vrais » portraits. La première fois où j’arrive en disant clairement que je veux faire un portrait. C’est tout nouveau pour moi – mon dernier projet portait sur les roches de l’île de Groix, pas sur des humains – beaucoup plus simple comme sujets.

Vers le village de Huinnyeoul

Nous avons décidé d’aller au Huinnyeoul Culture Village. En chemin, le taxi nous a proposé un arrêt « photogénique » à un observatoire avec sculptures et peintures kitsch. Je suis descendue sans mon sac photo, et j’ai vu le taxi repartir avec mes affaires ! Heureusement il s’est arrêté pour prendre une autre course et j’ai couru comme une dératée pour le rattraper.

Ce fut finalement un heureux « incident », car nous avons emprunté la petite promenade côtière qui mène au village – un peu comme Gamcheon mais en bord de mer. Plus petit, bordé de cafés pour touristes, mais avec une vue magnifique sur la baie constellée de bateaux de pêche.

En rentrant je suis allée faire une petite baignade bien méritée, quelques courses et une balade au Dongbaek park qui est très sympa de nuit.

Reprendre le fil

J’ai repris les interviews. Je me dis que c’est peut-être plus intéressant d’entendre la voix des femmes interviewées que la mienne.

J’ai aussi repris la liste des mots collectés au fil des interviews, comme un alphabet du projet.

Cela m’intéresse de savoir ce que vous en pensez et si vous avez des suggestions.

  • a          addiction, anesthésiant, apprentissage, amour (aimer ce que l’on fait), acharnement (au travail), artisanat, attention (porté sur le partenaire)   
  • b          beauté, bien-être, bonheur (impression que tout le monde est heureux), bulle de bonheur     
  • c          communauté, challenge, calme, contraste, culture, crèmes (hommes dans les dramas), coutumes                    
  • d          douceur, décorum, dévouement, défense (de la culture, de la langue), (se) dépayser, drôle (dramas), différent, (sens du) détail
  • e          esthétique (costumes, jeux des acteurs, décors, OST…), ensemble (comment les gens sont ensembles), exigence, écriture spécifique (scénarios), évasion (oublie problème, bulle de bonheur), échappatoire (du réel), émotions
  • f           fermé (difficulté d’entrer en contact), femmes (place des femmes dans les dramas), femmes fortes      
  • g          gentils (hommes dans les dramas)
  • h          hiérarchie, heureuse, histoire    
  • i           idéalisation (idéalisation de l’homme, idéalisation de l’amour, idéalisation du physique), identité (garder son identité)    
  • j           joie, jeux (des acteurs)  
  • k                      
  • l           lenteur (action dans les dramas)           
  • m         mouvement     
  • n                      
  • o                                  
  • p          posé, pureté, passionnés, palette (choix des dramas, jeux des acteurs), pudeur
  • q                                  
  • r           Respect, rapport (à l’autre, aux anciens), rêve affectif, remède, réussite (pas droit à l’échec), reconnaissance, romance (mais pas sexuel)                      
  • s           syndrome coréen, sécurité, (dramas bons) pour la santé mentale, scolaire (côté scolaire), sortir de sa zone de confort, skincare, scénarios (changent de l’ordinaire)           
  • t           traditions, travail                       
  • u          uniformisation, vision unique, uri (nous)
  • v          vide, valeurs, virus                 
  • w                                 
  • x                      
  • y                      
  • z                                  

Cette rencontre avec Danielle m’a débloquée. Pour la première fois depuis mon arrivée, j’ai le sentiment d’avoir touché quelque chose d’essentiel : non pas l’image de la Corée, mais la relation humaine qui se noue autour de cette fascination partagée.

Peut-être que la vraie question n’est pas « pourquoi la Corée ? » mais « qui sommes-nous, nous qui choisissons la Corée ? » Même si les voies qui mènent à ce pays intriguant restent très diverses.

Cet après-midi, retour au studio pour un atelier de linogravure. À voir si c’est aussi libérateur que cette journée avec Danielle.

It’s been almost 4 weeks since I arrived in Korea. I’m writing from my morning headquarters, Momo’s Coffee Marina, not far from the apartment. When you’re lucky enough to sit facing the garden, you can see the sea and the small islands of Oryukdo. It’s still 27°C and it’s the first time I’ve realized the usefulness of an umbrella even in bright sunshine.

The “Exotic” Gaze

This week was marked by a comment that made me think. I showed my test prints to the Korean artist who has his studio at the residency. Images unrelated to the project, just gleaned during my wanderings. He found them “exotic.” I’m not sure what to make of that.

This reflection reminded me of what my friend D. said when I showed her my application portfolio: “This is a picture an old white male would take,” she told me. That made me laugh – the photo wasn’t one of mine but one found on the internet, she found mine “touristy.” Can I take photos that are anything other than “touristy”?

I can’t resist a few images from Tongdosa temple, visited this week with Anna. Beautiful temple in the forest.

I also couldn’t resist filming the ballet of young newlyweds, photographers and assistants this Friday on Dadaepo beach; beautiful beach west of Busan, where Anna had taken us for the opening of the Sea Art Festival.

It’s a beautiful white sand beach with a jagged coastal path that runs along Hwasondae park. We arrived around 5:30 PM, on time for sunset. It was a beautiful day that contrasted with the previous ones laden with humidity. The air was clear, and the breeze refreshing.

The beach was dotted with couples in evening wear. I had never seen anything like it.

Anna explained that it’s customary to take photos in wedding dresses but also in evening wear for a wedding. Nothing beats a sunset on a magnificent beach.

The photographers were mostly equipped with large rubber boots but they were merciless with the young couples, pushing them further into the waves to capture the perfect shot.

Why Photograph?

Sometimes I hold back from taking photos. I see someone passing by on a bike or with a colorful umbrella, I put my hand on my camera, then I think better of it: I would never take this photo in Paris. Besides, I don’t like tourists who photograph me when I’m cycling in the capital. I suppose for them too, it’s “exotic.”

The other day, near the beach, I almost photographed two young men in beach ponchos, then I stopped myself: what for, to say what?

I think about Wolfgang Tillmans’ lecture at the Beaux-Arts in Paris. At one point he says: “Your work is only as interesting as the thoughts you put in it.” Worth pondering.

Why? should be the subtitle of my project.

The question keeps coming up, whether with the women I talk to for the project or with the Korean artists I meet. It’s becoming compulsive.

A Creative Block

For about fifteen days now, I’ve been blocked. I’m having a hard time concentrating and focusing on any aspect of the project. Yesterday, Anna cancelled our screen printing workshop – I wanted to do printing tests with the Lomokino photos – and I wondered what to do.

This dispersion worries me… a little. Time passes quickly, I’m about to start my second month in Korea. The Croatian artist who was with me in September has left, the new one, Irish, will arrive soon.

An Unexpected Breakthrough

Finally, this floating day led me to a decisive encounter. As I was heading to the photo exhibition at the Busan International Photography Festival at F1963, I received a message from Danielle, who had arrived from Japan. Danielle, 86 years old, the eldest of my interviewees, is on her second stay in Korea. Coincidence: we were there at the same time two years ago! I found her in her cozy but off-center studio in Yeongdo-gu. This woman has incredible energy.

I took my first “real” portraits. The first time I arrived clearly saying I wanted to take a portrait. This is completely new to me – my last project was about rocks on the island of Groix, – much simpler as subjects.

Towards Huinnyeoul Village

We decided to go to Huinnyeoul Culture Village. On the way, the taxi driver suggested a “photogenic” stop at an observatory with kitsch sculptures and paintings. I got out without my photo bag, and saw the taxi drive away with my things! Fortunately he stopped to pick up another fare and I ran like crazy to catch up with him.

Ultimately it was a fortunate “incident,” because we took the small coastal walkway that leads to the village – a bit like Gamcheon but by the sea. Smaller, lined with tourist cafés, but with a magnificent view of the bay dotted with fishing boats.

On the way back I went for a well-deserved little swim, some shopping and a walk to Dongbaek park which is very nice at night.

Getting Back on Track

I resumed the interviews. I tell myself that it’s perhaps more interesting to hear the voices of the women interviewed than my own.

I also resumed the list of words collected throughout the interviews, like an alphabet of the project. I’m interested to know what you think and if you have any suggestions.

This meeting with Danielle unblocked me. For the first time since my arrival, I feel like I’ve touched something essential: not the image of Korea, but the human relationship that forms around this shared fascination.

Perhaps the real question isn’t “why Korea?” but “who are we, we who choose Korea?” Even if the paths that lead to this intriguing country remain very diverse.

This afternoon, back to the studio for a linocut workshop. Let’s see if it’s as liberating as this day with Danielle.

 

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