Bonjour à toutes,
Comme la semaine dernière, je n’avais rien noté pour la lettre O, mais j’ai tout de suite pensé au mot « ode » – poème lyrique destiné à être chanté – car toutes vos voix résonnent et s’entremêlent en moi comme une ode à la Corée.
En tout premier lieu, ce sont les valeurs de cette culture que vous mettez en avant : respect, sens du commun, discipline. S’il fallait choisir un seul mot qui résume ce sentiment, ce serait « jeong » que j’ai déjà évoqué à plusieurs reprises. La meilleure « interprétation » est pour moi celle de Rose-Marie Lagrave, dans un article qui n’a pourtant rien à voir avec la Corée mais avec la vieillesse (1) où elle parle du : « souci du soi des autres ». J’ai trouvé cette formule très poétique.

Et puis il y a le fait de se sentir bien, apaisée, tranquille dès le moment où vous posez le pied dans ce pays. La Corée devient un espace où l’on peut être soi en toute simplicité. Comme si cette terre lointaine permettait de se réapproprier une partie de soi que l’on avait mis de côté. Même si je ne partage pas ce sentiment de quiétude, la Corée restant pour moi le pays du 빨리빨리 – vite, vite – que j’ai du mal à associer avec la sérénité, je conçois le bien-être qu’il y ait à pouvoir partir à la découverte d’un pays, surtout lorsqu’on voyage seule, en toute confiance.
La majorité d’entre vous ne partent pas seules et pour certaines cela reste encore un projet, mais le voyage en Corée me semble représenter un espace où l’on peut être pleinement soi.
Cette réflexion me ramène au livre de Lucie Azema, Les femmes aussi sont du voyage, l’émancipation par le départ (Points, Oct 2022), dont je vous livre plusieurs extraits car ils me semblent exprimer mieux que je ne le ferais ce sentiment de liberté et d’émancipation que procure le voyage.
Le voyage exige de s’attarder, de prendre refuge : s’acclimater, apprendre la langue, s’entourer de fenêtres pour mieux les traverser – et ainsi accéder à une chambre à soi.
Voyager, pour une femme, c’est une mise à feu – de toutes les interdictions, de toutes les injonctions. C’est dire : « Je veux aller là-bas, et vouloir me suffit, personne ne m’en empêchera. » La liberté ne se demande pas poliment, elle se prend.

Enfin, la passion pour la Corée permet de révéler des facettes de soi, par la création, l’animation de réseaux, l’organisation d’évènements ou la participation à des groupes de discussion…, que le quotidien ne permet pas d’exprimer. Je partage avec vous cette expérience. Elle s’est manifestée pour moi à travers la pratique artistique : elle m’a permis de mettre au jour une facette de mon individualité que mes autres fonctions ou obligations ne me permettaient pas de faire.

Voilà mes réflexions pour la semaine.
Je vous souhaite un excellent dimanche.
À bientôt
Karine
(1) Rose-Marie Lagrave, La vieillesse : heure de vérité de la dureté du monde, POUR, 2022/1 N° 242, pages 311 à 316


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