Korean_Puzzle

Research project on women over 45 who are passionate about South Korea

Projet de recherche sur les femmes de plus de 45 ans passionnées de Corée du Sud

Le Puzzle Coréen explore un phénomène contemporain peu documenté : l’engouement des femmes occidentales de plus de 45 ans pour la culture sud-coréenne.

This blog is dedicated to the women participating in this research project on the appeal of South Korea among women—mostly French-speaking—over the age of 45. Often overlooked, their enthusiasm is poorly documented in the numerous studies that examine the Hallyu (Korean wave) phenomenon.

Week 44 – R, comme respect, rapport, rêve, remède, réussite, reconnaissance, romance

Bonjour à toutes,

J’espère que vous allez bien. Petite pause la semaine dernière car j’étais à Athènes pour un workshop avec Alfredo Jaar. Je me suis inscrite à un programme de recherche en photographie qui s’étend d’octobre 2026 à juin 2027 afin de bénéficier d’accompagnement et de conseils pour finaliser le projet et le mettre en forme(s). Cinq jours de belles rencontres sous le soleil d’Athènes, que je n’avais pas revue depuis près de vingt ans. Le retour à la réalité du travail a été un peu difficile, je suis frustrée de ne pas pouvoir consacrer tout mon temps au projet.

Je n’ai pas écrit non plus car mes notes pour la lettre R sont très riches avec les mots : respect, rapport (à l’autre), rêve (affectif), remède, réussite (pas droit à l’échec), reconnaissance, romance ; des concepts et des facettes de la Corée bien différents.

Le respect, c’est le mot qui revient le plus dans les entretiens. Respect des autres, respect des anciens, un art de vivre ensemble qui semble s’être perdu chez nous. Je me demande quel rôle a joué le COVID dans ce repli sur soi. Je me demande aussi quel rôle a joué le confucianisme dans ce respect qui me semble parfois corseter la société et ne laisse peut-être pas assez d’espace à la jeunesse pour s’exprimer. Ce « Hell Joseon » que beaucoup de jeunes Coréens évoquent. Je ne connais pas assez la société coréenne pour savoir si ce rapport à l’autre a lui aussi beaucoup évolué au cours des dernières années mais il me semble que les initiatives de certains bars, restaurants et clubs de sport pour instaurer des « no senior zones » indiquent clairement un basculement dans la société. Il faudrait pouvoir y vivre sur une plus longue période pour se faire une meilleure idée du phénomène.

Le rêve est certainement un des moteurs principaux de l’enthousiasme autour de la Corée ; le rêve d’une société plus apaisée, sécurisée, avec moins de tensions – on en revient toujours au respect et au rapport à l’autre. Une société qui propose aussi une vision positive de l’avenir. C’est une jeune femme française qui a étudié en Corée et souhaitait s’y installer qui m’a donné cette raison pour expliquer son attrait pour ce pays. En Corée, elle avait le sentiment d’aller vers un avenir meilleur, alors que la vision française lui semblait décliniste.

La Corée a notamment une perception plus positive de la technologie. Connectée, elle a su développer ses réseaux numériques bien avant nous. Aujourd’hui, elle investit massivement dans l’IA et la promeut comme un vecteur de progrès plutôt qu’un risque pour les générations futures.

Le rêve rejoint aussi la romance véhiculée par les séries coréennes. Une romance douce, pleine d’attentions et de respect encore ici. L’une d’entre vous a parlé de « bulle de bonheur ». Je me vois sous la couette avec un bon thé ou café chaud en train de regarder une série qui me sort de mon quotidien et m’emmène ailleurs, un espace où, pendant quelques instants, je peux m’imaginer une vie différente, quelquefois plusieurs siècles en arrière (j’aime beaucoup les sageuks). On a toutes besoin d’échappatoires qui nous extraient du quotidien.

L’art en est une.

Il y a aussi d’autres aspects plus durs de la société coréenne même si beaucoup d’entre vous les expriment de façon positive : le besoin de réussite (pas le droit à l’échec) et la soif de reconnaissance. Beaucoup évoquent le fait que les Coréens travaillent dur pour réussir. Ce travail acharné comme clef de la réussite est très présent chez les jeunes aussi. Je l’avais noté en lisant le livre de Sylvie Octobre sur la K-pop (1). Le fait que la réussite soit attribuée à l’opiniâtreté des individus et à un effort collectif, plutôt qu’à un talent supposé inné, joue aussi beaucoup dans l’attrait pour la Corée. Elle nous dit que si on travaille dur on peut réussir. Une autre version du rêve américain mais sans son côté très individualiste. Il y a aussi le fait d’assumer son besoin de reconnaissance, alors qu’en France il est plutôt mal vu de vouloir réussir. Je me souviens d’une discussion avec une artiste française basée à Séoul qui m’a dit que ce qu’elle appréciait en Corée c’est que personne n’y joue l’artiste dilettante, pour qui les expositions arriveraient par hasard et non au prix d’un travail acharné pour rencontrer des personnes, monter des dossiers, soumettre des candidatures

J’en reviens à Alfredo Jaar qui nous a dit avoir étudié le marché de l’art new-yorkais pendant quatre ans en allant à tous les vernissages et toutes les expositions avant de proposer son premier projet. Un projet en décalage complet avec ce qui se faisait à l’époque mais qui l’a fait remarquer (voir ci-dessous).

https://www.centrepompidou.fr/fr/ressources/oeuvre/4NzlXim

J’ai gardé en dernier le mot remède, car ce qui m’a frappée en réécoutant les interviews, c’est combien d’entre vous parlent de leur passion pour la Corée en termes médicaux : remède, virus, fièvre, syndrome. Comme une maladie qu’on attrape et dont on ne peut se défaire ; tout en étant un remède.

Cela m’intéresse d’avoir votre opinion sur ce sujet. Comment qualifieriez-vous votre passion pour la Corée ?

N’hésitez pas à partager vos idées, impressions, images de la Corée.

Je repars demain pour le Nord. Même si j’aime beaucoup la région, je commence à compter les semaines ; plus que six car je prends la semaine du 11 novembre pour profiter de Paris Photo. Si certaines d’entre vous sont à Paris, faites-moi signe.

A bientôt

Karine

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