Bonjour à toutes,
J’espère que vous allez bien.
En commençant ce post ce midi, je réalise que cela fait 5 semaines que je n’ai pas écrit, à peu près le même temps que le début de ma mission.
Non pas que je n’ai pas travaillé sur le projet. Je participais à une masterclass de photo en ligne et je l’ai présenté le 7 mai. Cela m’a fait réfléchir au projet d’exposition que je souhaite développer en 2027.
En préparant cette présentation, j’ai revisité les photos que j’avais prises lors de mon séjour en 2023 (Séoul, Jéju, Busan, Gyeongju, Gwangju, Mokpo), séjour qui a initié cette réflexion car je ressentais un décalage entre mon ressenti de la Corée et celui des femmes qui partageaient leur expérience en ligne.


Je suis arrivée au moment de Chuseok et me suis ainsi retrouvée à voyager en même temps que beaucoup de coréens. Et effectivement, à un moment, je ne sais plus si c’était à Busan ou Gyeongju, je me suis dit : « tous les coréens sont amoureux », tellement je voyais de couples se prenant en photo.


J’étais impressionnée par leurs équipements et les poses sophistiquées qu’ils prenaient. En revoyant mes photos, j’ai réalisé que j’étais fascinée par ces mises en scène et beaucoup de mes clichés reprennent des couples ou familles se prenant en photo dans des lieux historiques.



Cliché, choix de mot intéressant.
Car quelque part, je reste interrogative face à ces mises en scène de l’amour.
Cela m’a fait penser au livre de Françoise Huguier, photographe française, Virtual Seoul Dans son introduction, Patrick Maurus parle de la Corée comme de « l’empire des images », « La société en perpétuelle représentation. Des images qui montrent des images. »

Je crois que c’est ce qui m’avait marqué en 2023, cette performance devant la caméra.
Lors de mon séjour à Busan, j’ai interrogé plusieurs jeunes femmes françaises mariées à des Coréens et qui vivent là-bas depuis quelques années. Elles ont toutes mentionné ce culte de l’image performée et le fait que les Coréens eux-mêmes croient à cette image idéalisée de la Corée véhiculée par les médias.

Est-ce pour cela que les personnalités publiques sont constamment scrutées, observées au scalpel et clouées au pilori au moindre faux pas (comme de fumer dans un lieu public) ? Il ne faut pas égratigner l’image.
Au final, ce qui m’intéresse dans ce projet c’est le pouvoir des images : les images que l’on consomme, les images que l’on crée, les images que l’on projette sur cet ailleurs qui nous fait rêver. Et puis cet étrange sentiment ressenti en Corée d’être constamment submergée d’images et de sons – les écrans géants sur la place de Haeundae, les haut-parleurs qui diffusent des messages sur le site naturel d’Ilchulbong à Jéju, les randonneurs avec leur radio à fond sur la montagne Jangsan. Même chez soi, on reçoit des alertes via l’interphone. Pas de solitude possible.

A la fin de son introduction, Patrick Maurus écrit : « La Corée n’est pas étrange parce qu’elle bouffe du chien ! Elle est étrange parce qu’elle voit dans ses images ce qu’elle croit être la Corée. La Corée croit aux images qu’elle fabrique. » Et nous avec.



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